Résister à l’intensification de la migration forcée et à la marchandisation des migrants

Déclaration de l’Alliance internationale des migrants sur le Pacte mondial sur les migrations

13 décembre 2018

Ce dont les migrants du monde entier ont besoin, c’est que les États s’engagent à mettre fin à la migration forcée et à la réification des migrants. Malheureusement, le Pacte mondial pour une migration sûre, ordonnée et régulière ne vise pas à mettre fin aux abus, à l’exploitation et à l’oppression des migrants, mais même à les perpétuer, grâce à son adhésion fidèle au cadre et à l’orientation néolibérale de la migration.

Alors que les gouvernements ont adopté le MCG, il est impossible pour les migrants de la base de célébrer un document qui ne reflète ni ne traite du sort réel des migrants et de la réalité croissante de la migration forcée. Au lieu de cela, le MCG n’a présenté qu’une image stérilisée de la migration internationale, a rendu le pacte juridiquement non contraignant pour les gouvernements et, pire encore, a plaidé pour la poursuite du programme néolibéral de gestion des migrations pour le développement.

Le processus de MCG est né du battage médiatique du premier Sommet des Nations Unies sur les migrants et les réfugiés, qui s’est tenu alors que la réalité des abus à grande échelle et même des décès de migrants et de réfugiés ne pouvait plus être niée. Lors dudit Sommet, l’AMI a lancé un défi clair aux États pour qu’ils s’engagent à s’attaquer efficacement aux problèmes immédiats de droits humains des migrants et à la résolution stratégique de la migration forcée et de la réification.

Au lieu de cela, le MCG a été orienté vers la promotion du cadre de la migration pour le développement qui a caractérisé les discussions sur la migration au sein du Forum mondial sur la migration et le développement (FMMD), du Dialogue de haut niveau des Nations Unies sur la migration et le développement, de l’Agenda 2030 et des autres forums intergouvernementaux liés au développement. Même les appels en faveur d’une participation effective et authentique de la base n’ont pas été entendus, ni au niveau national, ni dans les processus internationaux organisés.

Avec un tel cadre, le MCG n’est pas seulement voué à l’échec, il est aussi conçu pour être un instrument de la stratégie de développement imparfaite qui repose sur les transferts de fonds, l’exportation de main-d’œuvre et l’exploitation de la vulnérabilité des migrants.

Contrairement à ce que dit le MCG, la migration actuelle n’est pas un processus à gérer mais un problème de sous-développement qu’il faut résoudre. La gestion de la migration est un simple slogan néolibéral pour systématiser l’exportation de main-d’œuvre dans les pays d’origine des migrants, continuer à criminaliser et piétiner les droits des migrants sans papiers, tout en assurant que des travailleurs bon marché, dociles et jetables soient fournis sur le marché mondial pour le super profit des entreprises des pays développés.

Ce que le MCG ne veut pas présenter, c’est la responsabilité des États impérialistes dans la cause et l’incitation à la migration forcée. Tout en manifestant un intérêt de pure forme pour les  » moteurs de la migration « , le MCG n’a pas réussi à identifier ce qui permet à ces  » moteurs  » d’exister.

Le MCG nie les politiques néolibérales imposées aux pays sous-développés qui provoquent la chute des économies, l’intensification de la pauvreté, l’aggravation du chômage et de l’absence de terres, l’intensification de l’exploitation des femmes et la rupture des familles pour trouver des pâturages plus verts à l’étranger. Le MCG refuse de reconnaître le programme de guerre et de militarisme des impérialistes pour pousser leur domination économique qui ouvre la voie à l’exode de millions de migrants et de réfugiés.

L’exode des migrants d’Amérique centrale en cours, Exodus for Life, est un exemple typique du problème de la migration forcée. Elle a également montré comment des pays comme les États-Unis recourent à la violence contre les personnes déplacées par le pillage, l’exploitation et l’exploitation impérialistes. Les États encouragent ou ne font rien contre le sectarisme, le chauvinisme et la xénophobie qui sous-estiment la victimisation des personnes déplacées.

Dans de nombreux pays, y compris au Maroc, les réfugiés sont également confrontés à la violence et sont même tués. Ils vivent dans des conditions inhumaines et leur accès à l’emploi et aux services publics est très limité.

Les migrants de la base et les défenseurs des droits doivent rester vigilants à l’égard du MCG en tant qu’instrument néolibéral de migration forcée et de réification des migrants. La défense des droits des migrants ne repose sur aucun instrument – en particulier sur un pacte au service de l’agenda néolibéral sur la migration – mais sur la poursuite de la construction d’un mouvement fort sur le terrain.

Ce n’est qu’à travers un mouvement qui forge la solidarité et construit une résistance collective contre les diktats néolibéraux impérialistes et contre les guerres et les conflits qui servent les intérêts impérialistes que les migrants peuvent vraiment espérer mettre fin à la migration forcée, aux abus, à l’exploitation et à l’oppression des migrants.

Référence: Eni Lestari, président de l’IMA

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