Signification et conséquences du soulèvement ‘Pouvoir du peuple’ aux Philippines

A l’occasion du 30ème anniversaire du soulèvement EDSA qui a renversé la dictature de Marcos aux Philippines

Prof. Jose Maria Sison
Président de l’ILPS

La fin la plus définitive de la dictature fasciste de Marcos est arrivée le 25 février 1986, lorsque le despote Marcos et sa famille ont s’enfuir du palais présidentiel par un hélicoptère américain. Il n’y avait pas d’autre moyen pour eux d’échapper à la colère du peuple parce que des dizaines de milliers de travailleurs progressistes et étudiants appartenant au Kilusang Mayo Uno et à la Ligue des Etudiants Philippins s’étaient massés autour du palais.

Depuis le 22 février 1986, des centaines de milliers de personnes, jusqu’à 2 millions, avaient occupé l’autoroute EDSA afin de bloquer les groupes militaires de la dictature pour isoler complètement et accélérer la chute du régime autocratique . L’alliance multisectorielle progressiste BAYAN avait servi comme noyau dur du soulèvement des masses.

Des soulèvements de masse organisés et dirigés principalement par BAYAN ont également éclatés dans les capitales des provinces et dans les villes et villages en dehors de Metro Manila. Le plus dramatique d’entre eux était celui de Angeles City, qui avait bloqué les chars du général Palafox de Camp Aquino à Tarlac. Les soulèvements de masse dans les provinces ont servi à neutraliser et à paralyser les partisans civils et militaires de Marcos.

La fin du régime fasciste Marcos a commencé en 1979 lorsque le crédit international pour les Philippines, ainsi que pour les pays du tiers monde a commencé à se resserrer. En conséquence, les sociétés d’État et les sociétés de connivences de toutes les grandes entreprises compradores ont commencé à s’effondrer en 1981. De plus en plus de groupes de grands compradores et de propriétaires terriens ont commencé à critiquer ouvertement Marcos et sa clique qui étaient les seuls à parvenir à échapper à la crise avec des ressources financières de l’Etat.

Le régime a eu des difficultés pour fournir les fonds nécessaires à des fonds pour l’establishment militaire extra-développé. La dictature fasciste avait échoué à réprimer le mouvement révolutionnaire armé. Au lieu de cela, elle a réussi à provoquer la croissance accélérée de sa force. Le mouvement démocratique légal avait alors commencé à faire des progrès remarquables sous forme de nouvelles organisations de masse militantes, accroissant les manifestations internes et externes et les grèves ouvrières.

En 1983, Benigno Aquino, qui avait été en exil aux Etats-Unis depuis sa sorite de prison en 1980 a pensé qu’il était temps pour lui de rentrer chez lui et de saisir le pouvoir politique des mains de Marcos. Il a décidé de partir pour les Philippines le 21 août 1983. La clique de Marcos est entré dans une panique politique et a décidé d’assassiner Aquino.

L’assassinat de Aquino s’est avéré être la plus grande erreur politique du régime jusque-là. L’indignation sur elle a déchaîner la longue haine refoulée des larges masses du peuple et a donné lieu à d’énormes actions de masse sans précédents dans les zones urbaines et une intensification de la lutte armée à partir de 1983 jusqu’à la chute de Marcos. Le Parti communiste des Philippines était au cœur du mouvement révolutionnaire de masse.

C’était le mouvement révolutionnaire de masse qui avait constamment et vigoureusement isolé et affaibli la dictature de Marcos sur une longue période de temps. Et ce fut la peur de ce mouvement révolutionnaire de masse qui avait déjà fait de grands progrès qui ont poussé les Etats-Unis et la majorité des grands compradores et des propriétaires terriens, y compris l’Eglise catholique, à décider à préparer la voie pour le remplacement de Marcos, en prévision du blanchissement de l’assassinat d’Aquino.

Les successeurs de Marcos se sont révélés n’être pas fondamentalement différent de Marcos comme oligarques de la grande bourgeoisie compradore et de la classe des propriétaires terriens.

Si nous cherchons à distinguer le facteur le plus décisif qui a provoqué la chute de Marcos, nous devons étudier le rôle du mouvement révolutionnaire de masse dirigée par le Parti communiste des Philippines. Ce fait fut, cependant, obscurcie par la montée de Corazon Aquino et de ses cohortes pro-impérialistes et réactionnaires à des postes gouvernementaux. L’équilibre des forces est telle que le mouvement révolutionnaire avait pu provoquer la chute de Marcos, mais n’avait pas pu saisir encore le pouvoir politique ou même obtenir une part importante du pouvoir dans un gouvernement dirigé par Aquino.

Le soulèvement EDSA, qui s’étendait bien au-delà de l’autoroute Edsa, était un acte souverain du peuple philippin pour renverser la dictature fasciste Marcos qui avait été initiée et soutenue par les Etats-Unis. Pendant un certain temps, le peuple philippin était euphorique de s’être libéré eux-mêmes de la tyrannie. Ils s’attendaient à ce que l’indépendance nationale et la démocratie prospére. Ils espéraient que les violations des droits de l’homme cesseraient et que les prisonniers politiques seraient libérés, un cessez-le-feu ayant été signé entre le nouveau gouvernement d’Aquino et le Front National Démocratique des Philippines.

Mais au fur et à mesure des mois de 1986 et 1987, le gouvernement Aquino ainsi que la section anti-Marcos des classes exploiteuses locales des grands compradores et des propriétaires terriens à laquelle Aquino appartenait, se sont eux-mêmes exposés comme agent principal de l’impérialisme américain. Elle a validé les décrets anti-nationaux de Marcos en faveur des intérêts économiques et de sécurité américains. Elle a accepté de payer les odieuses dettes étrangères prises par Marcos. Elle a conservé et appliqué les décrets contre le travail de Marcos et elle a donné le feu vert à ses sbires militaires pour massacrer les paysans devant le palais présidentiel. Par la suite, elle a déclenché la soit-disant stratégie de conflit de faible intensité contre le peuple et les forces révolutionnaires.

Les successeurs de Marcos, depuis Corazon Aquino jusqu’à son fils Benigno Aquino III, qui est l’actuel président des Philippines, se sont révélés n’être pas fondamentalement différent de Marcos comme oligarques de la grande bourgeoisie compradore et la classe des propriétaires terriens. La seule différence est que Marcos avait ouvertement proclamé la loi martiale pour opprimer le peuple, alors que ses successeurs emploient des tactiques pseudo-démocratiques pour mettre de la couleur aux chaînes qui oppriment le peuple. Le soulèvement EDSA a réussi à renverser un autocrate, mais pas le système de pouvoir des grands compradores et des propriétaires terriens soumis à l’impérialisme américain.

Depuis et jusqu’à aujourd’hui, le peuple philippin et les forces révolutionnaires continuent à mener la révolution démocratique populaire au travers une guerre populaire prolongée. Ils célèbrent le 30e anniversaire du soulèvement EDSA en appelant à l’intensification de la lutte révolutionnaire, tandis que les oligarques dirigés par la famille Aquino au pouvoir célèbrent le maintien du système semi-colonial semi-féodale aux Philippines.

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