L’Indonésie a besoin d’une nouvelle direction pour son développement

L’ Alliance du Peuple de L’Inonésie

Dans la dernière semaine de mars 2013, l’Indonésie accueillera le Groupe de haut niveau de personnalités éminentes de l’ONU (HLPEP) sur Les Objectifs de développement du millénaire après 2015. En outre, cette année se tiendront également la réunion ministérielle de l’OMC et le Sommet de l’APEC (Coopération économique Asie-Pacifique). Le Groupe de haut niveau de l’ONU vise à développer une nouvelle feuille de route pour le développement du monde après la fin des Objectifs de développement du millénaire (OMD). En Indonésie, un grand nombre d’organisations de masse ont rejoint une large alliance, l’Alliance du Peuple de l’Indonésie. Cette Alliance mènera une série d’activités visant à faire contrepartie au Panel de haut niveau de l’ONU, au Sommet de l’APEC et à la Réunion ministérielle de l’OMC.

À mesure que l’on s’approche de la date fixée pour l’achèvement des Objectifs du développement de millénaire (ODM), le gouvernement de l’Indonésie essaie de donner à l’opinion publique mondiale une bonne impression des résultats obtenus par les ODM. Ario Adityo, de l’Institut d’ études des Affaires nationales et démocratiques est d’avis que le gouvernement ne fait qu’insulter les peuples du monde. Ce qui s’est réellement passé dans la mise en œuvre des Objectifs de développement du millénaire était de traiter uniquement des symptômes. Les programmes décrits dans les Objectifs de développement du millénaire n’ont pas résolu les problèmes à la source auxquels les pays du Tiers-Monde sont confrontés.

« J’imagine que les dirigeants mondiaux actuels ont tacitement convenu que les Objectifs de développement du millénaire ont été atteints de manière significative par le biais de ses programmes de bienfaisance. En réalité on a besoin d’une nouvelle feuille de route pour le programme de développement après 2015. L’optimisme des dirigeants du monde est contraire au rapport du Secrétaire Général de l’ONU qui a déclaré que la mise en œuvre et les résultats des Objectifs de développement du millénaire sont mitigés. Le rapport montre que la formulation des programmes des ODM a été limitée aux symptômes ; elle n’a pas été orientée vers la résolution des problèmes à la source. Ainsi les programmes des ODM ne sont réellement qu’une insulte institutionnalisée au peuple par le gouvernement à travers des programmes charitables. « 

« On doit faire une évaluation sérieuse des méthodes utilisées dans la mise en œuvre des ODM et du Partenariat mondial pour le développement. En pratique, cela apparaît comme une tentative de renforcer la relation de dépendance entre le Premier Monde et le Tiers Monde. Arifin Sharif du LIPS (Institut de l’Information du travail ‘Sedane ‘) dit que les méthodes utilisées dans la mise en œuvre des ODM reviennent à justifier la pratique de l’exploitation du Tiers-Monde »

«Selon les estimations de l’ONU, depuis 2000, les pays sous-développés ont envoyé en moyenne 500 millions de dollars par an en ressources aux pays industrialisés. En 2008, le chiffre a atteint près de 891 milliards de dollars. Ce n’est donc pas un Partenariat mondial pour le développement, sinon un Partenariat mondial pour la colonisation « 

Le Partenariat mondial pour le développement s’applique en Indonésie à travers des grands projets du Plan principal pour l’accélération du développement en Indonésie ou MP3EI. Le projet du MP3EI est l’un des projets ambitieux pour lutter contre la pauvreté et le chômage. Le projet aura trois composantes: (i) le développement de six régions économiques (Sumatra, Java, Kalimantan, Sulawesi, Papouasie et Bali –Nusa Tenggara), (ii) le renforcement de la connectivité nationale intégrée, et (iii ) le renforcement des compétences des ressources humaines et de la science et la technologie nationales.

L’application du MP3EI exigera certainement une grande superficie de terres dans son expansion gigantesque aux régions visées par le développement des produits alimentaires et de l’énergie. Le grand capital qui soutient les vastes plantations de l’huile de palme et de caoutchouc à Sumatra, des plantations de l’huile de palme et l’exploitation forestière au Kalimantan et le développement des grandes exploitations agro-alimentaires en Papouasie Ces projets déplaceront sûrement un grand nombre d’habitants en détruisant leurs moyens de subsistance antérieurs. Les habitants des communautés environnantes n’auront d’autre choix que devenir une réserve de main-d’œuvre pour les entreprises étrangères. Rahmat, de l’Alliance du mouvement de la réforme agraire (AGRA), a déclaré que la pratique de l’accaparement des terres est devenue l’axe principal du développement en Indonésie.

L’AGRA a noté que dans la période de 2010-2011, l’accaparement des terres dans la région pour des plantations de bois a augmenté de 15%, soit 1,6 millions d’hectares par an. Dans les plantations de canne à sucre, 500.000 d’hectares par an. Dans le secteur des parcs nationaux 27, 87 millions d’hectares. L’accaparement des terres dans le secteur minier, de plus en plus sérieux, ne sont même pas inclus dans ces données. L’appauvrissement de la majorité de la population de l’Indonésie, qui sont des paysans, est à la base des projets du Plan principal de l’accélération du développement économique en Indonésie « .

Darto, de l’Union des Paysans de l’huile de palme (SPKS) a ajouté que la pratique de l’accaparement des terres et la criminalisation de la lutte des paysans se sont propagés à tous les coins de l’Indonésie.

« SPKS a confirmé qu’en 2010, 148 paysans ont été arrêtés et une femme a été tuée par balle dans une plantation de l’huile de palme. En 2011, 152 paysans ont été criminalisés et en 2012, le nombre atteint 161 personnes.

Le gouvernement offre aux investisseurs étrangers une flexibilité et une facilité pour saisir les terres du peuple. Les terres sont transformées en entreprises manufacturières, mines et plantations, fournisseurs des industries de pointe.

L’accaparement des terres de plus en plus répandu est un facteur important qui aggrave le problème de chômage dans les zones rurales. Au milieu de la pauvreté, le gouvernement profite de l’existence d’une importante réserve de main-d’œuvre pour mettre en œuvre une politique d’exportation de travailleurs à l’étranger. Retno, de l’Association des Travailleurs-euses migrants indonésiens (ATKI-Indonésie) a déclaré que le gouvernement de l’Indonésie utilise le programme d’exportations des travailleurs-euses migrants pour financer ses projets de développement, selon ses engagements au sein du Forum Mondial sur la migration et le développement (FMMD)

« Le rôle décisif joué par le secteur privé tel que traduit dans la loi 39 de 2004 a renforcé le système de migration couteuse qui pousse les travailleurs-euses migrants systématiquement à s’endetter. L’Indonésie exporte chaque année plus de 800.000 travailleuses et travailleurs, majoritairement des femmes des zones rurales. Cette migration forcée rapporte plus de 100 milliards de rupiah chaque année au pays. « 

Les travailleurs-euses des différents secteurs sombrent dans la pauvreté. Malgré une augmentation du salaire minimum, les travailleurs-euses du secteur manufacturier formel n’échappent pas à la pauvreté, car le gouvernement autorise la suspension des salaires, impose des taxes diverses et permet la hausse des prix des articles de première nécessité et de services. Par conséquent, le revenu des travailleurs-euses dans le secteur manufacturier formel n’arrive qu’à 42 pour cent de ce qu’il faut pour assurer une vie décente.

Les conditions de vie des travailleurs-euses de la pêche, des ouvriers-ières agricoles et des mineurs sont encore pires. Ils et elles travaillent plus de 8 heures par jour au salaire inférieur au salaire minimum et sont sous la menace de licenciement unilatéral. Rudy HB Daman, de l’Union des syndicats indépendants dit que la pauvreté dans laquelle vivent les travailleurs-euses est la condition pour assurer le maintien des bas salaires et une main-d’œuvre bon marché. Les travailleurs-euses indonésiens font face à la précarité et l’élimination des emplois. A partir de 2012, environ 70 industries en Indonésie ont des employé-es embauchés à court terme, recrutés directement ou par l’intermédiaire des agences de sous-traitance.

La pratique de la sous-traitance et du travail contractuel sont des éléments de base de la flexibilité du marché du travail qui est devenue un processus d’accumulation de superprofits par les industries en Indonésie, industries qui reposent sur des capitaux étrangers; et cela est facilité par le gouvernement indonésien.

Abet Nego Tarigan, membre de l’exécutif national de la Walhi a déclaré que le Plan principal pour accélérer le développement économique en Indonésie est un mégaprojet ambitieux du gouvernement pour supposément résoudre les problèmes de la pauvreté et du chômage. Dans la réalité il s’agit d’une exploitation accrue des ressources naturelles qui menace la durabilité écologique. Le peuple de l’Indonésie aussi sera sacrifié, dit-il. Il ajoute que le Plan principal pour accélérer le développement économique en Indonésie, vanté par SBY pour attirer des investisseurs étrangers signifierait la perte de nos ressources naturelles et ne profiterait qu’à une petite élite de grandes capitalistes et à l’élite politique du pays tout en assurant l’expansion du capitalisme monopoliste et le pillage des ressources naturelles de l’Indonésie.

La position de l’Alliance du Peuple de l’Indonésie

L’orientation de développement dictée et poussée par les pays développés est une «nouvelle politique d’éthique» qui vise à maximiser la privatisation, la libéralisation et la déréglementation du système économique des pays du Tiers-Monde. Ceci est en ligne avec l’esprit de libre-échange poussé par l’Organisation mondiale du commerce (OMC), ainsi que des accords de coopération internationale et régionale, tels que la Coopération Economique Asie-Pacifique (APEC) et de diverses coopérations bilatérales. Tous ces projets de coopération visent à assurer que les pays du Tiers Monde assument le fardeau de la crise qui engloutit les pays capitalistes développés. Les populations pauvres du Tiers-Monde, y compris le peuple de l’Indonésie, sont contraintes de sauver les sociétés géantes de la planète immergés dans une crise profonde.

La formulation du programme de développement postérieur à 2015 doit tenir compte des erreurs fondamentales des Objectifs du développement du millénaire (ODM) ; il doit au moins être fondée sur le principe de la souveraineté et mettre fin aux relations coloniales et néocoloniales. Pour cette raison, il est important de changer le modèle de développement utilisé dans la formulation des ODM. Nous devrions abandonner le modèle de développement qui dépend de l’aide du capital monopoliste et du commerce au service des multinationales et le remplacer par des programmes de développement national et démocratique. La mise en œuvre de la réforme agraire fondée sur la volonté de la paysannerie est la voie fondamentale vers le développement d’ une industrie nationale forte. Le financement des services sociaux pourrait se réaliser à partir d’une taxe sur les transactions financières, taxe qui a été annulée en raison de la concurrence pour devenir un paradis fiscal des investissements. Le marché intérieur se développera par la hausse des salaires et le contrôle des prix des articles de première nécessité.

Le développement qui dépend de l’investissement étranger et qui est orienté vers l’exportation s’est avéré un échec maintes fois. Les investissements étrangers doivent être assorties de certaines obligations, telles le transfert des technologies, la mise en place d’un plafond sur la fuite des capitaux, d’un marché orienté vers l’autosuffisance et qui prévient l’évasion fiscale. La Conférence Asie-Afrique 1955 est l’une des expériences qui pourrait être utilisé comme exemple de coopération internationale ou aucun pays ne domine ni exploite les autres.

La formulation de l’agenda du développement après 2015 devrait au moins tenir compte des revendications et les thèmes des luttes des peuples du Tiers-Monde. De cette façon, on peut éviter d’être pris au piège dans une formulation qui identifie des problèmes de manière superficielle en oubliant les causes de ceux-ci. La souveraineté et la coopération mutuellement bénéfique entre les pays devraient être la plate-forme commune des futures relations internationales.

 

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